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La tragédie de la MINERVE

27 janvier 1968


Il y a 50 ans, le sous-marin Minerve disparaissait au large de Toulon.
La perte de la Minerve et de ses 52 hommes d'équipage restera comme l'une des plus grandes tragédies de la flotte sous-marine française. Il y a 50 ans, le samedi 27 janvier 1968, le S 647 disparaissait, corps et bien, au sud-est du cap Sicié, par des fonds de plus de 1500 mètres. Sortie de carénage quelques mois plus tôt, la Minerve, septième sous-marin du type Daphné, était alors très moderne (classe 800t, dit à hautes performances).

Sa construction avait débuté en mai 1958 à Nantes, aux chantiers Dubigeon, le bâtiment avait été lancé le 31 mai 1961.Entré en service actif le  "10 juin 1964, il est affecté à la première escadrille des sous-marins basée à Toulon.

La Minerve participait ce samedi 27 janvier à une opération destinée à entraîner les équipages de l'aviation de patrouille maritime au repérage radar des sous-marins. L'avion, un Breguet Atlantic, devait situer le submersible et étudier le champ de contact radar afin d'utiliser au mieux ses appareils de détection. 
Ce matin-là, la météo est exécrable. Un solide mistral, 50 ou 60 nœuds, balaie une mer creusée.
Après avoir débarqué un officier dans la rade en pleine nuit, la silhouette ténébreuse et froide du sous-marin Minerve s'éloigne des côtes varoises pour regagner sa zone d’entrainement. 
Avec un nouveau pacha à bord, le lieutenant de vaisseau André Fauve, cela fait plusieurs jours que le "bateau noir" enchaîne les exercices éprouvants de mise en condition opérationnelle....
Vers 8 heures, la mer devenant mauvaise et le temps difficile, le pilote de l'avion renonce à l'exercice et regagne sa base. Tous les exercices sont annulés et la Minerve reçoit un message laissant à son commandant la liberté de manoeuvre.

La Minerve devait revenir à son port d'attache le 27 janvier à 21h00

Sans nouvelle à 22h30, l’officier de garde de l’escadrille en rend compte à ses autorités, l’alerte est déclenchée. Le ministre des armées M. Pierre Messmer, averti en pleine nuit, téléphone directement au Président de la République, le général de Gaulle, pour l’informer de la disparition du sous-marin.

Des Marins sont morts en mer, la mer est leur linceul…..

"Ils étaient volontaires, c'est-à-dire qu'ils avaient d'avance accepté le sacrifice et qu'ils avaient fait un pacte avec le danger. C'est pour cela en particulier que le sous-marin Minerve a laissé au coeur de la France toute entière un souvenir profond, et à ses armées un exemple qui durera.
Au nom de la Patrie, je salue leur mémoire et je suis sûr que ce qu'ils ont voulu faire et ce qu'ils ont fait restera pour notre France quelque chose de fort, comme ils l'avaient voulu. Vive la France ".

Charles de Gaulle, 8 février 1968.


 tragedie de la MINERVE2.jpg

Commémoration du  50° anniversaire à Toulon, ce samedi 27 janvier 2018

      50 ans Minerve_27jan18    

Notre camarade Christian BONS, ancien sous-marinier (la Flore) et membre de l’AGASM, était présent à cette cérémonie du souvenir. Il témoigne :
« Si vous observez les plaques de bronze nominatives des sous-marins et de leur équipage, vous pouvez lire le nom : RABUSSIER EDMOND, dit « petitbus ». EDMOND était un « pote » des Arpettes (école des mécaniciens).
Nous arrivons ensemble à la base  de TOULON comme jeune matelot méca. Ensemble, nous arpentons parfois les rues de « Chicago ». Devant un verre ou une bonne table, nous nous projetons dans notre vie maritime.
Peu de temps après il embarque sur la MINERVE pour sa première navigation et plongée. J’assiste  à son départ un soir d’hiver.
Un bateau noir qui s’éloigne du quai en pleine nuit ne laisse pas indifférent.
Au bout de quelques jours, comme lui encore, j’appareille sur la FLORE .
Mais moi je rentrerai…………… »

Nb : A leur grand plaisir, j’ai pris contact avec son frère et sa sœur pour les faire participer à ces émouvants souvenirs .(C BONS)

Nous reproduisons ici l’allocution particulièrement remarquée de Hervé Fauve, fils du commandant de la Minerve

Mesdames  messieurs,

Lorsque l’on m’a demandé si j’acceptais d’intervenir aujourd’hui au nom des familles j’ai été pris d’un doute. Comment parler, au nom de tous, d’un drame qui résonne si différemment pour chacun d’entre nous. Comment parler d’une douleur individuelle au nom de 52 familles ?

 Ce matin nous sommes nombreux à n’avoir qu’un seul visage, qu’un seul nom en tête. Un visage qui s’est figé à jamais il y a 50 ans aujourd’hui ce 27 janvier 68 à 8 heures du matin. C’était un époux, un fiancé, un fils, un frère, un père, un oncle, un cousin, un ami.  Un homme qui avait autour de 20-30 ans, qui aimait, avait des espoirs, avec qui on partageait des projets, des envies, certains avaient fondé une famille d’autres s’y apprêtaient, des enfants étaient à naitre.

Pour moi ce n’est pas le Lieutenant de Vaisseau Fauve, pacha de la Minerve, qui a disparu ce matin-là, c’est mon père. Pour tous ceux qui le connaissaient c’était Teddy.

Cette douleur ne se partage pas, elle ne se raconte pas, elle est au plus profond de chacun d’entre nous, avec une intensité que nous sommes seuls à percevoir. Nous la portons depuis ce matin du 28 janvier 68, lorsque les sonnettes d’entrée retentirent pour nous apprendre la terrible nouvelle.

Ce drame nous l’avons vécu chacun à notre façon. Ma grand-mère, Marie-Thérèse, morte il y a 2 ans, 48 ans après son fils ainé, n’a jamais voulu en parler. Ma mère, Noyale, morte il y a 6 ans, en parlait lorsqu’on la sollicitait, mais elle tenait à la discrétion. D’autres, enfants en 68, n’ont que de vagues souvenirs, voire, plus terrible, pas de souvenirs du tout car trop jeunes à l’époque.  Et que dire de ceux qui, comme mon frère André, naquirent orphelins dans les mois qui suivirent.

Ceux qui étaient à Toulon et dans les autres ports militaires, ont pu s’appuyer sur l’extraordinaire élan de solidarité de celle que l’on appelle la « sous-marinade ». Des noms de  ces jours-là me reviennent en mémoire, Cousturié, Albatro, Orsini, Bladé, Faltot et bien d’autres qui nous avaient permis de mieux passer cette difficile épreuve.

Parmi tous ces noms il y en a un que je tiens à citer particulièrement en ces circonstances, c’est Bernard de Truchis, qui sera le pacha de l’Eurydice lors de sa disparition le 4 mars 1970. Nous sommes plusieurs à nous souvenir aujourd’hui encore de son soutien attentionné.

L’une des dimensions du drame avec laquelle nous dûmes apprendre à vivre fut la détresse de rester dans l’ignorance de ce qui s’était passé. A l’époque, nous étions, en plus, exposés à des propos directs durs à entendre envers nos proches disparus dans ce drame.

L’institution Marine fit des hypothèses, prit des mesures pour remédier aux causes possibles de l’accident mais ne nous dit jamais rien. Certes ce n’étaient que des hypothèses faute d’avoir retrouvé l’épave, mais nous avions aussi nos questions : comment étaient-ils morts, avaient ils souffert, où étaient-ils ? La question restait, et, pour certains, reste encore ouverte. Cela fut encore plus vrai pour les nombreuses familles sans lien avec la Marine. Cette semaine encore j’ai reçu des témoignages de cette détresse.

Lentement   patiemment, opiniâtrement, discrètement j’ai cherché. Cherché à mieux connaitre ce père que je n’avais vu qu’avec mes yeux d’enfant, cherché à savoir ce qui s’était passé ce 27 janvier et les jours qui suivirent.

Le premier à m’aider fut Roger Piot avec qui ma mère s’était remariée, mais aussi bien d’autres amis sous-mariniers avec qui j’avais tissé de forts liens de confiance. Connaissant leur propre exigence morale, je savais qu’ils ne me mentaient pas. Ainsi, quand Francis Orsini, parrain de mon propre frère, déclare que l’on ne sait rien avec certitude, que l’on a que des hypothèses, je le crois.

Je suis même allé voir au plus haut niveau de l’état, en 2003,  en contactant directement le Ministre de la Défense de l’époque, M. Pierre Messmer, qui nous raconta à Christophe Agnus, fils de Jean Agnus,  et à moi-même, comment il avait vécu cette disparition et même la perception qu’en avait eu le Général de Gaulle lui-même. Tout cela, en silence, sans en parler durant de nombreuses années. Certains ont peut-être pu voir le fruit de ce long travail, je l’ai récemment partagé sur internet pour tous ceux qui voulaient savoir.

Avec les années, les rangs de ceux qui les avaient connus s’éclaircissent, de nouvelles générations apparaissent. Nos proches, disparus, seraient aujourd’hui, grands-parents, arrière-grands-parents Il y a ici certains de ces petits enfants dont le grand père n’existe qu’à travers notre témoignage. Ils doivent savoir qui était leur grand-père, savoir que ce n’est pas seulement une histoire, une photo, un nom sur une plaque.

Depuis quelques semaines, j’ai reçu de nombreux témoignages, de souvenirs de personnes qui les aimaient, qui pensent toujours à eux. Nombre d’entre elles sont aujourd’hui  ici, à nos côtés, par la pensée ou par la prière.

Et à ceux qui ne les ont pas connus et qui sont là aujourd’hui je dis, soyez fiers d’eux et ne les oubliez pas.

Et, à chaque fois que vous regarderez la Méditerranée, pensez qu’elle est leur linceul et qu’ils y reposent à jamais.

Hervé Fauve

A l'occasion de cette commémoration Benoit Jourdain journaliste à France Info a publié un bel article qui interroge :

" Que s'est-il passé au large de Toulon le 27 janvier 1968? Comment et pourquoi le sous-marin la Minerve a pu disparaître sans laisser de trace avec 52 marins à son bord ? Un demi-siècle plus tard, ceux qui ont vécu, de près ou de loin, ce tragique événement, s'interrogent toujours". Lire la suite...


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